• Politique : OGM, trois lettres que le président ne veut plus entendre !

    Le rejet de la loi sur les OGM

    NOUVELOBS.COM | 14.05.2008 | 10:27

    Les commentaires de la presse, mercredi 14 mai, sur le rejet du texte du gouvernement sur les OGM par les députés.

    LIBERATION
    Laurent Joffrin

    "Nicolas Sarkozy voulait réévaluer le rôle du gouvernement. Sa majorité vient d'exaucer ses voeux bien au-delà de ce qu'il souhaitait. C'est un revers symbolique majeur que vient d'essuyer le gouvernement dans l'affaire des OGM. Le ridicule ne tue pas et le texte peut encore triompher de la course d'obstacles procédurale que lui infligent les députés. Mais le président doit constater qu'une partie de sa majorité est, politiquement - sinon génétiquement - modifiée par les mésaventures sondagières et électorales de son leader. (...) Les OGM contaminent la vie politique majoritaire. La division menace la stratégie même des réformes. A terme, c'est tout le paysage national qui pourrait en être changé."

    LE PROGRES
    Francis Brochet

    "'Ce n'est pas foutu', jurait hier à Vienne notre Président. Oui, mais c'est mal parti: dans l'après-midi, une fronde majoritaire fauchait la loi OGM... On imagine la colère qui a ébranlé les colonnes de l'Elysée. L'ennui est que notre Jupiter tonnant multiplie les colères sans résultat. Il y a une semaine, il convoquait déjà sa majorité pour la "remettre au pas". Mi-avril, toujours sur les OGM, il tempêtait en conseil des ministres et foudroyait la jeune Kosciusko (rappelez-vous: le "concours de lâcheté et d'inélégance" du duo Borloo-Copé)... Ca fait désordre. Où va-t-on, si les députés de la majorité votent comme bon leur semble, en leur âme et conscience, sans suivre les consignes du Palais? Pourquoi pas une démocratie parlementaire, pendant qu'on y est! Avec le Président en Reine d'Angleterre, façon Chirac... Monsieur le Président, attention: en ce mois de mai, la chienlit guette".

    LA NOUVELLE REPUBLIQUE
    Denis Daumin

     "(...) En obtenant, grâce à la motion de procédure introduite par André Chassaigne, député communiste du Puy -de-Dôme, le rejet d'un texte très controversé, la Gauche défait le patient mais fragile ravaudage que le Gouvernement croyait avoir ficelé enfin. A une voix près, tout est à reprendre! On imagine les noms d'oiseaux lâchés privément par l'éxécutif tandis que Jean-Louis Borloo dépêché sur les plateaux des journaux télévisés buvait le calice jusqu'à la lie. Remâchant une rage froide, mais tenant ses nerfs François Fillon a pris l'affaire en main et convoque la commission paritaire parlementaire dès aujourd'hui. Tout n'est pas fortuit dans cette affaire cependant et l'absence volontaire de députés UMP, élus de circonscriptions rurales pour la plupart, sonne comme un avertissement cinglant à l'exécutif. Surfant avec jubilation sur l'événement, le PS réclame sans délai une audience à l'Elysée. Nicolas Sarkozy, que l'on sait pressé pourtant, n'imaginait probablement pas s'exprimer aussi vite devant la représentation nationale."

    LA REPUBLIQUE DU CENTRE
    Jacques Camus

    "(...) Le monumental 'raté' d'hier fait d'autant plus désordre qu'il intervient très précisément au moment où l'Élysée voulait reprendre le contrôle de l'appareil UMP. C'est pour cela que Patrick Devedjian, secrétaire général jugé insuffisamment offensif, a été flanqué de deux adjoints, dont Xavier Bertrand, afin de stimuler les troupes. Mais au fond, Nicolas Sarkozy a tort de s'agacer. Il ne fait que récolter ce qu'il a semé. Cette affaire d'OGM, mal gérée du début à la fin, aura surtout été le révélateur du mal-être des parlementaires de la majorité trop souvent mis devant le fait accompli et snobés par le chef de l'État lors de son premier anniversaire. Hier, ils lui ont administré un avertissement sans frais. Ils lui ont aussi rendu la monnaie de sa pièce en le laissant... en plant!"

    LE REPUBLICAIN LORRAIN
    Philippe Waucampt

    "(...) c'est bien une baffe retentissante que sa majorité vient d'administrer à Nicolas Sarkozy. Le vote a été serré, certes. Mais c'est précisément parce qu'il l'a été que ça pose problème. Un groupe UMP de plus de trois cents députés n'était pas destiné à se prendre les pieds dans le tapis d'une vulgaire question préalable. (...) Depuis le début, Nicolas Sarkozy a été à la peine avec une majorité rétive. L'ouverture à des ministres socialistes a d'abord eu du mal à passer. Ensuite, la réforme des institutions est devenue aussi impopulaire, sinon plus, sur les bancs de l'UMP que sur ceux de l'opposition. Puis les municipales ont douché les parlementaires de cette législature - désormais réduite à cinq ans - qui se demandent comment l'exécutif arrivera en quarante-huit mois à redresser une réputation dont dépend si cruellement leur réélection. Le débat en première lecture du texte sur les OGM a montré un groupe UMP au bord de l'explosion. A la deuxième lecture, c'est le contraire qui s'est produit: il s'est contenté d'imploser. (...)"

    LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE
    Patrice Chabanet

    "La procédure n'explique pas tout. Le rejet du projet de loi sur les OGM fait jaillir au grand jour le malaise entre la majorité UMP et l'exécutif. L'absence, lors du vote à l'Assemblée, de nombreux députés du groupe traduit une certaine exaspération face à ce qu'ils ressentent comme des oukazes de l'Elysée. (...) La question est de savoir si Nicolas Sarkozy peut reprendre en main sa majorité. Cette dernière aura observé non sans étonnement l'appréciation du chef de l'Etat sur la question du pouvoir d'achat. Son 'ce n'est pas foutu' laissait poindre un scepticisme en décalage avec ses précédents discours, plus tranchés, plus convaincants, pour tout dire, plus mobilisateurs. Pas de quoi fédérer une majorité qui commence à douter et à remuer."

    L'INDEPENDANT DU MIDI
    Bernard Revel

    "(...) Suite à cette gifle retentissante et fort rare puisque c'est seulement la sixième fois depuis 1961 qu'un texte est rejeté par une motion de procédure, la sagesse voudrait que le gouvernement revoie sa copie. D'autant qu'après les promesses du Grenelle de l'environnement, il y aurait quelques risques à donner l'impression que la concertation débouche finalement sur un passage en force. C'est pourtant la voie que semble emprunter François Fillon qui, ne s'avouant pas vaincu, a décidé de convoquer une commission mixte paritaire pour faire voter le même texte avant la fin du mois de mai. Face à un tel entêtement, l'opposition a aussitôt demandé une audience à Nicolas Sarkozy pour qu'il réfrène les ardeurs de son Premier ministre. La situation n'est pas banale. Mais le président de la République qui jugeait le texte sur les OGM "équilibré" lors de sa dernière interview à la télévision, semble bien être le seul, à présent, à pouvoir reconnaître qu'après tout, il peut être encore amélioré. (...)"

    L'EST REPUBLICAIN
    Chantal Didier

    "La gifle! Alors que l'adoption en seconde lecture du texte sur les OGM ne devait être qu'une formalité, les députés ont voté une motion de procédure qui rejette le projet de loi. D'une très courte majorité, puisqu'une seule voix a fait la différence, mais la fronde parlementaire témoigne à la fois du climat passionnel qui entoure le sujet et de l'embarras de la droite en la matière. L'opposition exulte. Sa joie pourrait n'être que de courte durée. Les organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture ont cessé de relever d'une appréciation scientifique pour tomber dans l'irrationnel. Ils véhiculent toutes les angoisses face à des 'manipulations' dont le commun des mortels ignore les tenants et les aboutissants. Craintes démultipliées par le fait qu'ils conforteraient le pouvoir des 'multinationales de l'agriculture', supposées prêtes à exercer une domination alimentaire sur le monde. Comme elles sont américaines, la menace s'amplifie. (...) Conséquence plus sûrement de la méfiance à l'égard du "Grenelle de l'environnement", dont les parlementaires se sentent écartés. Ils anticipent sur le renforcement de leurs pouvoirs..."

    PARIS-NORMANDIE
    Michel Lépinay

    "Décidément, c'est une véritable malédiction qui plane au-dessus de ce texte sur les OGM. (...) Ce projet de loi, issu du Grenelle de l'Environnement, à force d'être amendé, rogné, balancé a fini par encombrer tout le monde. (...) On imagine que le gouvernement va rapidement déposer un nouveau projet de loi, sans doute le même ou à peu près, devant les assemblées. Et que Nicolas Sarkozy va (re)convoquer les élus UMP pour les (re)rappeler à l'ordre et à la discipline. On attend avec impatience les éclats du coup de gueule ! Seul résultat garanti : les députés et sénateurs auront réussi en quelques semaines de bagarre parlementaire à embrouiller totalement le dossier OGM sur lequel ils étaient censés éclairer les Français."

    LA PRESSE DE LA MANCHE
    Jean Levallois

    "(...) Que l'on vote contre un texte parce qu'on est contre, ou pour, parce qu'on est pour, c'est une démarche correcte et c'est, en effet, la fonction et l'honneur des parlementaires d'émettre un vote en pleine liberté et en pleine conscience. Si une majorité réelle de l'Assemblée était contre la loi sur les OGM, et qu'elle la rejette, il n'y aurait rien à dire, nous serions dans le fonctionnement normal de nos institutions. Mais que, sur 577 députés, il ne s'en trouve que 271 dans l'hémicycle, pour un vote solennel sur une loi majeure, ce n'est pas acceptable. Le Parti communiste français a donc eu beau jeu (...) de faire adopter cette motion par 136 voix contre 135. Ça fait désordre. D'autant que la réalité politique est différente et que la majorité est suffisante pour voter ce texte. Incident de procédure, estime le président du groupe UMP à l'Assemblée, M. Jean-François Copé. Mais image déplorable d'une incapacité à organiser le fonctionnement du groupe le plus important de l'Assemblée nationale. L'opposition s'est offert le luxe d'un camouflet à la majorité qui ne l'a pas volé."

     LA VOIX DU NORD
    Hervé Favre

    "(...) Le camouflet infligé hier au gouvernement s'explique sans doute plus par la mauvaise humeur du groupe que par la négligence. (...) Entre ceux qui le trouvent trop vert à leur goût et ceux qui le trouvent au contraire trop favorable aux lobbys agricoles, les risques de défections étaient bien réels. Ils n'ont manifestement pas été suffisamment anticipés par le président du groupe Jean-François Copé à qui le gouvernement ne manquera pas de faire porter le chapeau dans cette affaire. (...) Reste que si elle a gagné ce round contre tous les pronostics, l'opposition ne peut dire qu'elle a eu la peau du projet de loi de Jean-Louis Borloo. La riposte n'a pas tardé à s'organiser sur le même terrain de la procédure parlementaire. François Fillon a aussitôt convoqué une commission mixte paritaire de sept députés et sept sénateurs, chargée de soumettre à nouveau aux deux assemblées le texte tel qu'il a été voté en deuxième lecture par le Sénat. Au président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault qui demande de 'jouer son rôle d'arbitre', Nicolas Sarkozy répondra qu'il n'a pas été élu pour jouer les arbitres!"

    LA CHARENTE LIBRE
    Jacques Guyon

    ""(...) Au-delà en effet de l'arithmétique, le coup de théâtre d'hier traduit à la fois un effilochage de la fibre sarkozyste depuis le revers des élections municipales mais, plus encore, le fait que la question des OGM reste toujours comme une épine plantée dans le pied de la majorité. Parce que c'est une question qui engage l'avenir de l'homme, nombre d'élus UMP n'ont pas hésité à faire entendre des avis dissonants du gouvernement. Hier, avant ce coup de Trafalgar, Jean-Louis Borloo tentait bien de persuader que la loi 'conforme au Grenelle' était la plus protectrice qu'on puisse rêver. Jean-François Copé -_dont on imagine sans peine le savon qu'il a dû prendre hier soir par l'Elysée - n'aura pas eu plus de succès en demandant à ses troupes de ne pas céder aux pressions symbolisées par le pique-nique bio qui se déroulait sur l'esplanade des Invalides. (...)

    NICE MATIN
    Marc Chevanche

    "(...) Sur ces questions écologiques, la majorité est décidément bien divisée. Pour tout dire, dans ce domaine, la majorité n'a pas de doctrine. Autant à gauche, à quelques rares individualités près, on consomme avec gourmandise la vulgate écologiste qui fait l'air du temps, autant, à droite, on est ballotté entre trois attitudes peu compatibles. Il y a d'abord ceux qui sont anti-OGM, soit par conviction, soit par intérêt politique. Il n'échappe à personne, en effet, que la sensibilité écologiste touche tous les électorats. Il y a ensuite ceux que les ravages du principe de précaution, dans sa généralité obtuse, effraient mais qui, peu téméraires, craignent en invoquant la science, ses progrès et ses promesses, de paraître au mieux ringards, au pire, apprentis sorciers. Et puis il y a, enfin, ceux qui ne sont pas insensibles aux groupes de pression des semenciers, disposition qui, celle-là n'est pas avouable. L'épisode parlementaire apparaît donc, finalement, moins comme la victoire de l'opposition que comme la défaite d'une majorité en débandade. (...)"

    L'UNION
    Hervé Chabaud

    "Quelle défaillance et quel revers ! Mais où est la majorité ? Existe-t-elle encore ou préfère-t-elle être au club Med plutôt que de soutenir le gouvernement ? Le rejet du texte sur les OGM à l'Assemblée est un rude échec pour François Fillon, un coup dur pour Jean-Louis Borloo tandis qu'il ridiculise le président du groupe UMP, Jean-François Copé. Lorsqu'on est le chef, on mouille la chemise, on motive ses troupes, on se fait obéir et on anticipe le coup de pied de l'âne. La motion de procédure est un grand classique du droit parlementaire et le minimum lorsqu'on est un pro est de mobiliser ses collègues pour en interdire l'adoption. Etre incapable d'avoir à l'heure dite dans l'Hémicycle assez de parlementaires pour la rejeter témoigne d'un amateurisme et d'une inconséquence coupables des dirigeants du groupe UMP. A moins que ce couac ne dissimule une fronde interne. Ce n'est pas une commission mixte paritaire qui va crever l'abcès! (...)"

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :